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  • Père Jens Petzold rencontre les fidèles après la messe à Seebach (Zurich)

Irak: Le moine suisse Jens Petzold agit pour que les chrétiens restent

«Grâce à l’aide de l’Europe et des pays Occidentaux, il y a encore des chrétiens en Irak», confie Frère Jens Petzold, de passage à Zurich du 13 au 15 mars 2020 à l’invitation de la section suisse de l’Aide à l’Eglise en Détresse (ACN).

Le moine d’origine zurichoise dirige depuis 2012 la communauté monastique chaldéenne catholique de Deir Maryam Al-Adhra, à Souleymanieh, au Kurdistan irakien, non loin de la frontière iranienne. Il explique comment aider la jeune génération à ne pas émigrer. Notamment en promouvant l’apprentissage des langues, des formations professionnelles et en favorisant le dialogue interreligieux.

«Il semble qu’une certaine normalité revienne. Cependant de grands efforts sont encore nécessaires pour le retour des chrétiens dans leurs villages de la Plaine de Ninive, au nord de l’Irak. Un certain temps s’écoulera encore avant que la dernière maison de ces villages dévastés ne soit restaurée», martèle le religieux âgé de 58 ans. Et il n’est pas sûr que ces populations traumatisées, qui ont pu fuir en août 2014, juste avant l’invasion des terroristes de Daech, le prétendu Etat islamique, vont rester dans cette région instable.

Devenu Abouna Yohanna depuis son ordination sacerdotale en 2012, Frère Jens est supérieur à Souleymanieh) de la communauté mixte et œcuménique Al-Khalil, une filiale du monastère de Deir Mar Moussa al-Habashi (Saint Moïse l’Abyssin) fondé dans les années 1980 non loin de Damas, en Syrie, par le Père Paolo Dall’Oglio, disparu depuis le 29 juillet 2013, à Raqqa au centre du pays, ancien fief du «califat» de l’Etat islamique.

Consacrée au dialogue islamo-chrétien, la communauté Al-Khalil est installée depuis 2012 au monastère Deir Maryam Al-Adhra  dans le quartier historique de Sabunkaran, à Souleymanieh, connu comme le «quartier des fabricants de savon».

La tentation de l’émigration

Des 250 personnes que le monastère Deir Maryam Al-Adhra a accueillies lors de l’invasion de la Plaine de Ninive, un quart ont déjà émigré – légalement ou illégalement – et se trouvent désormais à l’étranger. Quelques-unes se sont installées à Ankawa, la banlieue chrétienne d’Erbil, au Kurdistan, d’autres sont retournées dans leur village. La majorité est des syro-catholiques de Qaraqosh, les autres des assyro-chaldéens de Bartella. 

En plus du manque de confiance dans l’avenir, dans les autorités, et dans certains voisins musulmans qui, dans un premier temps, ont accueilli à bras ouverts les milices de Daech, ces populations chrétiennes sont confrontées à une situation économique très précaire et où la corruption règne en maître…

«Les jeunes ne veulent pas être dans une cage, où ils ne peuvent pas bouger. Cela n’aurait pas grand sens de créer une région chrétienne, un ghetto au milieu de villages musulmans. La seule solution, c’est le dialogue et la réconciliation. Cela prendra du temps, bien sûr!», relève le religieux zurichois. «Il ne faut pas oublier que nombre de musulmans ont, eux aussi, subi la répression de Daech. La moitié des musulmans avaient fui Mossoul!»

Ouvrir l’horizon aux jeunes générations

La phase d’aide d’urgence étant depuis longtemps terminée, le monastère chaldéen de Souleymanieh a pu retourner à sa mission initiale: développer le dialogue islamo-chrétien, par le vivre ensemble, le partage spirituel et intellectuel. «C’est la raison pour laquelle notre communauté travaille ici, à Deir Maryam al-Adhra. Nous n’avons pas la prétention de changer la réalité au Moyen-Orient, mais nous faisons des premiers pas, dans le cadre de notre monastère: nous nous adressons aux jeunes adultes, qui ont besoin d’éducation et de formation, et nous voulons leur ouvrir un horizon».

«A Maryam al-Adhra, dès le début, nous avons constaté le problème de la communication entre les diverses ethnies de la population locale, notamment kurde et arabe. Nous avons fondé une école de langues.» L’an dernier, plus de 600 personnes ont bénéficié de ses cours de langues et autres, et 150 autres ont suivi des cours de formation professionnelle.

Le monastère ne se limite pas à une école de langues, mais devient un foyer culturel qui met à disposition, notamment, des cours sur la psychologie, les droits de l’Homme, les sciences, ainsi que des instruments pour des réflexions d’ordre philosophiques et pour le dialogue interreligieux. Pour Frère Jens, les chrétiens, qui ont un meilleur niveau de formation, peuvent aider à sortir du cercle vicieux du communautarisme, construire une société sur la base de la citoyenneté, et non sur le confessionnalisme.

L’Aide à l’Eglise en Détresse s’engage pour les chrétiens d’Irak

L’AED s’est fortement engagée dans l’aide aux chrétiens d’Irak persécutés par Daech. L’aide d’urgence fournie en Irak par l’œuvre internationale de bienfaisance catholique ces dernières années s’élève à plus de 47 millions d’euros. Entre juin et août 2014, plus de 120’000 chrétiens, ainsi que d’autres minorités, ont été chassés de Mossoul et de la Plaine de Ninive, au Nord de l’Irak, par les djihadistes de Daech. Pour favoriser leur réinstallation dans ces lieux qu’ils ont occupés et dévastés, l’AED a lancé  l’opération «Retour aux racines».

Il s’est agi de réparer ou de reconstruire les maisons endommagées ou détruites  dans les villages chrétiens, ainsi que les édifices religieux: il s’agit de 13’000 maisons, une quarantaine d’églises, 18 monastères, des écoles, des hôpitaux et des pharmacies.