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  • Russie, Sibérie - Avant COVIDSœurs de la Miséricorde St. Vincent de Paul Slavgorod. Soeur Theresa Witschling avec des enfants.
  • Russie, IshimSoeurs de la communauté Bethany. Soeur Alena Alakshova prend soin d'une vieille femme
  • Russie - SurgutCongrégation des Sœurs Saint-Anges. Avant que COVID s'occupe des enfants.
  • Russie sœurs ElisabethLa Congrégation des Sœurs de Sainte-Élisabeth travaille en Russie depuis plus de 25 ans. Dès le début, ils ont été impliqués dans des œuvres caritatives, aidant les pauvres et les malades et s'occupant des nécessiteux. Dans la paroisse, ils servent les enfants et les adultes et les préparent aux sacrements de l'église.
  • Russie, SibérieSœurs de la Miséricorde Saint Vincent de Paul Slavgorod avec Mgr Werth, qui expose le Saint-Sacrement.
  • Russie, OmskSœurs Matara pendant la catéchèse en ligne.
  • Russie - SurgutCongrégation des Sœurs de Saint-Anges dans le froid glacial en tenue traditionnelle sibérienne.

Novossibirsk : « Ma sœur, revenez-moi bien vite ! » Les religieuses en Russie restent aux côtés des personnes marginalisées pendant la crise du coronavirus.

Seule une minorité est tombée malade ; néanmoins, le confinement et ses conséquences économiques frappent tous les citoyens de Novossibirsk, métropole d’1,5 million d’habitants en Sibérie occidentale. Parmi eux, les personnes les plus touchées sont naturellement celles qui, déjà avant la pandémie, vivaient en marge de la société : les pauvres, les chômeurs, les personnes âgées, les enfants issus de familles socialement vulnérables. Actuellement, les religieuses du diocèse catholique romain de la Transfiguration de Novossibirsk se concentrent particulièrement sur cette frange fragile de la population. Les religieuses évoquent à l’œuvre internationale de bienfaisance catholique Aid to the Church in Need (ACN), les défis qu’elles doivent affronter en cette période de pandémie.

En Russie, le premier cas confirmé de Covid-19 avait déjà été enregistré le 20 janvier 2020. Depuis, environ un demi-million de malades, 7478 décès ont été enregistrés (à la date du 17 juin 2020) ; le chiffre réel étant probablement nettement plus élevé. Cette situation a provoqué la mise en place de mesures de confinement dans tout le pays, qui ne sont relâchées que très lentement. Moscou est au cœur de la crise, mais en Sibérie également, la maladie se propage, même si c’est à moindre échelle. Rien que dans la zone urbaine de Novossibirsk, 4 604 cas de coronavirus et 62 décès ont été enregistrés.

Même sans cette pandémie, le travail des religieuses s’apparente à une tâche herculéenne. Membre de la congrégation des Filles de la Charité de Saint-Vincent-de-Paul, la religieuse d’origine allemande Sœur Theresa Witschling résume la situation ainsi : « Russie – Sibérie ; une terre connue comme ‘une maison sans toit’. Un pays qui, au fil de son histoire, a vu l’arrivée d’innombrables exilées et personnes déplacées de force. Parmi celles-ci, beaucoup sont morts en martyrs. Que ce soit de faim, de travail inhumain, de froid. L’hiver sibérien, long et rude, et les étés courts et caniculaires montrent clairement qu’ici, la vie est très difficile. »

Environ un demi-million de personnes avec des racines catholiques, majoritairement d’origine ukrainienne, polonaise ou allemande, vivent dans le diocèse de la Transfiguration en Sibérie occidentale sur une superficie de 2 millions de km2. Une quarantaine de prêtres s’occupent des 70 paroisses. Pour cela, il leur faut parcourir d’immenses distances. Sans l’aide des religieuses, le suivi pastoral des fidèles très dispersés serait absolument impossible.

Voilà pourquoi Sœur Theresa est venue en Sibérie en 2015 malgré les circonstances inhospitalières, en compagnie de deux autres sœurs. Depuis, les Filles de la Charité de Saint-Vincent-de-Paul s’occupent d’un centre public et d’un centre appartenant à l’Eglise pour les enfants de Slavgorod, au sud-ouest de Novossibirsk. « La plupart des enfants sont originaires de familles en difficulté et socialement vulnérables, où les soins parentaux font défaut. Quelle que soit la situation, que les deux parents travaillent toute la journée pour un faible salaire, ou qu’un des parents travaille des mois durant à l’étranger pour assurer la survie de la famille, dans tous les cas, les enfants restent beaucoup trop souvent livrés à eux-mêmes. » Les religieuses les aident à faire leurs devoirs de classe, proposent différents projets culturels et veillent à ce que le déjeuner scolaire d’une centaine d’enfants soit payé, car ce sera souvent le seul repas chaud de la journée. Par ailleurs, deux fois par an, en été et en hiver, elles invitent les enfants à participer au programme « vacances avec Dieu ».

À cause de la pandémie, tout cela a changé. « Notre travail ici est maintenant devenu plus compliqué. Beaucoup de gens ont perdu leur emploi, ou ont subi une réduction de leurs salaires. Ils frappent à nos portes et nous demandent de l’aide, ne serait-ce qu’un morceau de pain pour les enfants. »

Les religieuses ont commencé à coudre des masques de protection car il n’y en a pas assez dans la région, et elles les distribuent à leurs protégés. Les personnes sans domicile fixe de la ville aiment particulièrement les religieuses. « Tous ces gens ont des souvenirs douloureux et des blessures à l’âme. Ils ne viennent pas seulement nous voir pour l’aide matérielle que nous leur fournissons. Ils sont simplement reconnaissants de trouver ici un peu de cordialité et de chaleur. » Toutefois, ce n’est pas uniquement ce qui donne aux gens consolation et espérance : « Nous rendons grâce à Dieu de pouvoir célébrer l’Eucharistie tous les jours. En réponse à la pandémie, nous avons un temps d’adoration quotidien  de la Sainte Eucharistie. À la fin, le prêtre descend dans la rue avec l’ostensoir et bénit avec le Seigneur la communauté et la ville.»

Surmonter les distances

À Sourgout, à un millier de kilomètres à vol d’oiseau au nord de Novossibirsk, deux Sœurs polonaises de la Congrégation Sœurs angéliques de Saint-Paul, incarnent véritablement des anges pour les 140 personnes sans domicile fixe dans un foyer de réinsertion sociale. Elles organisent dans la paroisse des collectes de vêtements et de nourriture, ce qui est particulièrement vital en ces temps difficiles.

La communauté est venue pour la première fois à Sourgout en 2011, et elle s’y est établie en permanence depuis 2015 pour soutenir les activités pastorales dans la paroisse Saint-Joseph. Ce n’est qu’ici qu’il y a une « véritable » église. Grâce à l’initiative et à la générosité de certains fidèles, il a également été possible d’installer des chapelles dans des maisons particulières à Nojabrsk, à 320 km de Sourgout, ainsi qu’à Kogylam, à 190 km de la ville. En temps normal, les religieuses s’y rendaient régulièrement toutes les deux semaines en compagnie d’un prêtre. « Ce qui est important, c’est la relation personnelle avec les fidèles », constate Sœur Tereza Jakubowska, en rêvant d’autres chapelles pour les catholiques de la région. Participer à à la messe est plus important que jamais, et cela manque donc d’autant plus douloureusement en raison de la pandémie. Voilà pourquoi, comme beaucoup d’autres communautés, les Sœurs angéliques de Sourgout diffusent tous les jours en direct la Sainte messe et envoient une méditation pour la journée. « Ainsi, nous restons en contact. »Sœur Aliona Alakchova est une sœur de la communauté des Dominicaines de Béthanie et œuvre à Ichim depuis 20 ans dans la paroisse de la Miséricorde divine. « Il y a peu de catholiques ici, et ils vivent très disséminés dans les villages des environs. Lorsqu’ils viennent en bus aux messes du dimanche ou des jours de fête, ils acceptent de se plier à de longues heures d’attente avant de pouvoir repartir en fin d’après-midi. Nous nous efforçons de rendre leur attente plus agréable en les accueillant chez nous et en leur parlant. C’est la meilleure possibilité de faire connaissance avec les habitants de la communauté », souligne Sœur Aliona. « En cette période de Covid-19, tout est devenu difficile. Les transports en commun circulent encore moins, les taxis collectifs privés viennent irrégulièrement et respectent rarement les horaires. Pour nous, il est donc devenu difficile de nous rendre au chevet des malades, de faire des courses pour des personnes âgées et seules ou de leur apporter des médicaments. » les messes doivent maintenant se dérouler sans la présence physique des fidèles. Mais le besoin encourage la créativité : les religieux ont mis en place un groupe WhatsApp pour connecter toute la communauté et la tenir au courant grâce à ce réseau. Cela permet aussi de partager les liens pour la diffusion en direct des offices religieux en ligne.

Toutes les congrégations de religieuses de l’évêché luttent avec les difficultés dues au confinement. Les visites auprès de leurs paroissiens manquent cruellement aux Sœurs de Sainte Élisabeth à Novossibirsk : « Au fil de nos visites régulières, nous nous sommes liés d’amitié. Souvent, lorsque nous partons, ils nous disent : ‘Ne m’abandonnez pas, ma Sœur, revenez-moi bien vite !‘ » Dans ce cas, les religieuses ont recours au bon vieux téléphone. Il permet également aux Sœurs de Sainte Élisabeth de Novossibirsk de rester en contact avec tous ceux qui ne sont pas encore à l’aise sur Internet, en particulier avec les personnes âgées, qui souffrent beaucoup plus de la distanciation sociale.

Comme la plupart des congrégations, les Servantes du Seigneur et de la Vierge de Matará à Omsk ont transposé dans le monde virtuel la totalité de leurs activités pédagogiques. Elles enseignent la catéchèse par visioconférence, tournent même de petites vidéos encourageantes avec quelques adolescents et élaborent à l’échelon de la province de leur congrégation des activités très poussées, dépassant largement la circonscription d’Omsk. « Notre objectif est d’inciter les adolescents à réfléchir à la Parole de Dieu, même pendant cette pandémie. Nous prions pour que cette période tellement grave d’un point de vue humain nous amène ainsi que tous les hommes à grandir dans la foi, l’espérance et l’amour de Dieu et du prochain », explique Mère Maria Glum.

La prière : le plus puissant des remèdes

Seule communauté contemplative du diocèse, les Carmélites de Novossibirsk opposent à la pandémie la défense la plus puissante dont nous disposons comme chrétiens – la prière. Les religieuses Sœurs Teresamaria, Christina et Agnija écrivent : « Nous prions pour la guérison des malades, la consolation pour ceux qui souffrent, l’aide pour les professionnels de la santé et la protection contre la contagion pour les groupes de personnes les plus vulnérables. Nous incluons aussi dans nos prières les scientifiques qui travaillent sur le développement de médicaments et d’un vaccin contre le virus, et nous n’oublions pas les gouvernants qui doivent résoudre des problèmes socio-économiques de portée mondiale. Pleines de reconnaissance pour l’aide que nous recevons de votre part, nous incluons toujours ACN et ses bienfaiteurs aux prières que nous offrons au Seigneur. »

ACN International soutient  68 religieuses qui vivent dans 18 villes du diocèse de la Transfiguration, de Novossibirsk. « Si ce soutien faisait défaut, ce serait non seulement une déception pour les religieuses, mais une catastrophe », confirme l’évêque local, Mgr Joseph Werth – c’est d’autant plus vrai dans cette crise durant laquelle il n’y a également plus de collectes dans les communautés.

Depuis de nombreuses décennies, ACN soutient également les communautés de religieuses des trois autres évêchés catholiques romains à Moscou, Irkoutsk et Saratov, au travers de bourses de formation et d’aides à la subsistance, lors de la construction et de la rénovation des couvents des religieuses et pour se procurer des moyens de transport.